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INFORMATIONS SUR LA DÉMYTHIFICATION
TITRE : Les poissons ont une mémoire de quelques secondes
CLASSIFICATION : Biologie/animale

ORIGINE : Plusieurs hypothèses pourraient expliquer l’apparition de cette croyance populaire. La popularité du poisson rouge comme animal domestique pourrait faire questionner les propriétaires à savoir si le poisson est heureux dans son bocal. Se dire que l’animal a une mémoire de quelques secondes et donc ne se rappelle plus qu’il vit dans un petit bocal signifie que le poisson ne pourrait pas être affecté par son environnement puisqu'il oublierait aussitôt qu'il est dans un bocal (1). Une autre explication possible serait plutôt culturelle ou philosophique et varierait selon nos croyances et notre conception de ce qu’est l’humain. L’être humain, qui se considère comme étant l’animal le plus intelligent, aurait pour perception que ce qui est plus proche de lui, comme les chimpanzés, serait plus intelligent que ce qui est éloigné de lui. Les mammifères et les oiseaux seraient donc les premiers dans cette pyramide de l’intelligence et les reptiles, les poissons et les amphibiens se retrouveraient au bas de la pyramide parce qu’ils sont plus éloignés génétiquement. Les poissons nous ressemblent moins parce que leur cerveau est différent de celui des mammifères, alors nous ne l’avons pas évalué de la même façon. Penser qu’ils ne sont que des machines, des êtres qui fonctionnent par réflexes ou qu’ils ressentent moins la douleur que les mammifères viendrait de cette conception du monde vivant et de l’homme (4).

MOTS CLÉS : Mémoire, poissons

DESCRIPTION :
Penser que les poissons ont une mémoire qui dure quelques secondes est un mythe assez répandu dans les pays occidentaux (1). Dire à quelqu'un qu’il a une « mémoire de poisson rouge » est d’ailleurs une insulte (équivalente au cerveau d'écureuil) ou une taquinerie utilisée qui prend pour acquis que les poissons n’ont pas une mémoire très développée.

DÉTAILS DE LA DÉMYTHIFICATION
Image 1:
Les poissons n’ont pas une mémoire limitée à quelques secondes. En effet, de nombreux tests ont été faits pour déterminer l’intelligence des poissons et ont contredit cette croyance. Un chercheur du nom de Jan Beukema, en 1968, pour déterminer l’intelligence des carpes, s'est inspiré une vieille technique pratiquée sur les poissons, qui consiste à les capturer pour ensuite les identifier et les étudier, dans le but de vérifier si les carpes pouvaient retenir des lieux. En d'autres termes, le test a été construit dans le but de vérifier la mémoire spatiale des poissons. Dans cette étude, les conditions externes qui pouvaient fausser le test ont été prises en compte. Les carpes étaient dans un endroit où leur densité était contrôlée et uniforme, mais elles pouvaient se déplacer aisément pour s'assurer qu'il y ait toujours des carpes pêchées et ce, de manière constante. Une fois les carpes attrapées, identifiées et parfois blessées, celles-ci ont retenu la région où « l’attaque » a été produite et ne sont plus retournées au même endroit. Par la suite, la population de carpes re-capturées a été nettement plus petite que le nombre de carpes qui avaient été attrapées durant la première capture. Après un an, il y avait trois fois moins de carpes qui avaient été attrapées. Cette expérience a vérifié que les carpes avaient gardé en mémoire le lieu à éviter pendant un minimum d'un an. Cette expérience démontre donc l’existence d’une mémoire à long terme chez la carpe (3).

D’autres tests un peu semblables ont été faits sur les poissons rouges et la truite pour tester leur mémoire spatiale et ceux-ci montraient que les poissons rouges apprenaient plus rapidement que la truite (5). Ces tests créaient de la douleur chez les poissons s’ils se rendaient dans certains endroits dans l’aquarium ou s’ils ne réagissaient pas assez vites à certains stimuli. La douleur créé était un choc électrique de 2.5-3 Volt et de 25-30 volt (intensité faible ou élevée) administrée sur leur peau (5). Les poissons ont rapidement appris à éviter les régions douloureuses et c'est même les poissons rouges qui réagissaient et apprenaient plus vite que les truites puisqu'ils ont modifié leur comportement et changé leurs déplacements pour être le plus possible éloignés de la région « dangereuse ».(5) Ces résultats ont démontré que les poissons rouges n’auraient finalement pas une mémoire de trois secondes…

Par ailleurs, un scientifique du nom de Lester R, Aronson a remarqué qu’une espèce de poisson, les gobies, sautait d’une mare à l’autre en marée basse et se trompait très rarement. Ces poissons savaient exactement où était située la mare d’à côté. C’était un grand mystère. Après des recherches effectuées aux Bahamas en 1949, ce chercheur et son équipe ont percé le mystère en prouvant que ces poissons gardaient en mémoire la position des marres lorsque la marée était haute. Ainsi, lorsque la marée était basse, ces poissons savaient exactement où sauter! Lors du test effectué, les gobies avaient une heure pour mémoriser l’entière topographie des lieux (2). Pour une description de l'expérience plus précise, les poissons étaient, en premier lieu, contenus dans une immense bassine présentant des reliefs de différentes mares. À marée haute, les poissons, pendant une heure, se sont déplacés dans le bassin. Lorsque les chercheurs ont provoqué une marée basse, les gobies se sont vus confinés dans de petites mares et se sont déplacés de marre en marre en sachant parfaitement ou elles se trouvaient.(2)

Une manière d’expliquer l’intelligence des poissons serait de penser que l’intelligence ne s’est pas uniquement développée chez les mammifères, qui aux termes de l’évolution sont les plus proches de nous, mais que certaines espèces, même si elles sont très éloignées de nous, ont réussi à développer une intelligence qui peut être comparable aux autres classes (ex:la classe des mammifères, des reptiles, etc). Cela peut sembler logique, car la mémoire semble liée avec le concept de survie et d'évolution. Les poissons, ou du moins certains poissons plus que d'autres, ont dû développer une certaine mémoire pour mieux s'adapter et pour mieux survivre. Même si penser que tous les poissons ont une mémoire à long terme d'environ un an est une hypothèse un peu prématurée, nous pouvons tout de même effectuer une généralisation et penser que ceux-ci n'ont pas forcément une mémoire de quelques secondes. Ce qui est dommage est que les recherches ne semblent pas aller plus loin qu’un an lorsqu’il s’agit de vérifier la mémoire à long terme des poissons. Est-ce qu’un an est vraiment le maximum? Rien n’est certain. Il faudra d’ailleurs attendre de nombreuses années avant d’avoir une connaissance précise de la mémoire des poissons.

RÉFÉRENCES
1. Le poisson rouge. [s.d.]. Dans Wikipédia, Récupéré le 18 septembre 2015 de https://fr.wikipedia.org/wiki/Poisson_rouge#Le_poisson_rouge_dans_la_culture

2. Aronson, Lester R. « Further studies on orientation and jumping behaviour in the gobiid fish, Bathigobius soporator », Annals of the New York Academy of Sciences, Vol 188, Issue 1 (publié pour la première fois en ligne le 16 décembre 2006) (page consultée le 18 septembre 2015)

3. Beukema, J.J. « Angling experiments with Carp (Cyprinus Carpio L.) », Netherlands Journal of Zoology, Vol 20, Issue 1, p 81-82 (1969).

4. Corniou, Marine. «Un monde d’intelligences », Québec Science, aout-septembre 2015, [En ligne], http://www.quebecscience.qc.ca/reportage_qs/Un-monde-intelligences (page consultée le 18 septembre 2015)

5. Dunlop, Rebecca. Millsopp, Sarah. Laming, Peter. “Avoidance learning in goldfish (Carcassius auratus) and trout (Oncorhynchus mykiss) and implications for pain perception”, Applied Animal behaviour science, Official journal of the International Society for Applied Ethology, [En ligne] http://www.appliedanimalbehaviour.com/article/S0168-1591(05)00180-2/abstract (page consultée le 18 septembre 2015)

6. Sigler, Pierre. « L’intelligence des poissons», Huffpost : C’est la vie, publié le 16 juillet 2014, [En ligne], http://www.huffingtonpost.fr/pierre-sigler/lintelligence-des-poissons_b_5673997.html (page consultée le 18 septembre 2014)